Hugo Mercier à TedXParis : “ Inscrivez-vous à notre programme de recherche inédit”

“Nous pensons que nous serons capables de détecter des marqueurs, qui nous permettraient de prédire certaines pathologies.”

Découvrez l’intervention du cofondateur de Dreem, Hugo Mercier, à TedXParis, et rejoignez dès maintenant l’Adventurer Program en remplissant ce formulaire.

L’homme que vous voyez sur cette photo s’appelle Sarvshreshth Gupta. Il avait 22 ans. Il était analyste pour la banque d’affaire Goldman Sachs à San Francisco.

Dans la nuit du 17 avril 2015, il appelle ses parents en pleine nuit : “Je n’ai pas dormi depuis 2 jours, c’en est trop. J’ai une présentation importante demain, mon manager est en colère, je vais encore passer la nuit seul au bureau.”

La même nuit, à 4 heures du matin, il est retrouvé défenestré, sur un parking près de son immeuble. Quarante-huit heures sans dormir, une pression et un stress qui le poussent à se défenestrer, comment en sommes-nous arrivés là? Comment en sommes-nous arrivés à sacrifier notre sommeil à ce point ?

Eh bien, cela dure depuis plusieurs décennies : Au même titre que la cigarette dans les années 1990 était un symbole de virilité, de succès, la privation de sommeil est devenue ces dernières années une forme de productivité et d’accomplissement personnel. Comme le disait Gordon Gekko dans les années 1980 : “L’argent ne dort jamais”.

Tout a changé depuis que Thomas Edison, qui considérait d’ailleurs que le sommeil était une véritable perte de temps, a inventé l’ampoule. Nos nuits se sont électrisées, nos sociétés se sont industrialisées, puis numérisées. Le business mondial est en marche 24 heures sur 24. Ce qui laisserait croire que les petits dormeurs ont d’ailleurs un avantage concurrentiel certain.

C’est ce qu’aime à penser le président américain Donald Trump, qui est extrêmement fier de ses 4 heures de sommeil par nuit. Alors petit aparté, dormir 4 heures par nuit n’a jamais aidé à prendre de grandes décisions, en tout cas je n’ai pas mis la main sur cette publication.

En réalité, les personnes qui ont cette capacité génétique représentent quasiment 0% de la population.

Désolé. Pour nous autres le commun des mortels, la privation de sommeil chronique, dont d’ailleurs une personne sur trois souffre dans cette salle, a des conséquences désastreuses sur la santé et sur les performances.

Dans le court terme, les performances mentales, les performances physiques. Et dans le long terme, notre santé. Le mauvais sommeil est corrélé avec le diabète, avec l’hypertension, avec l’obésité, avec Alzheimer, avec Parkinson, avec les maladies mentales.

Bien dormir n’est pas un luxe mais une nécessité absolue. Pendant notre sommeil, nous avons un tas de mécanismes physiques et physiologiques absolument critiques qui ont lieu.
Nous consolidons notre mémoire, nous récupérons de la journée, nous régénérons nos cellules, nous éliminons les déchets, comme par exemple la beta-amyloïde.

La beta-amyloïde, c’est ce qui est responsable en cas de trop grande accumulation dans le cerveau de la maladie d’Alzheimer.

Et pourtant, en soixante-dix ans, nous avons perdu 60 nuits par an. Un fait marquant : un adolescent dans les années 1950, un adolescent pour qui le sommeil est absolument critique pour son développement, dormait en moyenne 9 heures par nuit. Aujourd’hui, ils sont plus de 70% à dormir moins de cinq heures par nuit.

Et malheureusement pour nous, les solutions pour mieux dormir sont peu nombreuses et pas vraiment convaincantes. Il y a, plus communément utilisés, les somnifères ou les benzodiazépines dont d’ailleurs nous avons un triste record de consommation en France.

Première chose, les somnifères n’aident pas à mieux dormir. Deuxième chose, ils ont des conséquences désastreuses sur notre santé. L’épidémie de mauvais sommeil est devenue une problématique, un problème de santé majeur.

À tel point que cela a motivé, les dernières décennies, des travaux de recherche sans précédent sur le sommeil. Il y a quelques semaines, le Prix Nobel de Médecine a d’ailleurs été décerné à une équipe de 3 scientifiques pour leurs découvertes sur les principes derrière notre horloge biologique.

L’horloge biologique, c’est ce qui fait que nous sommes réveillés dans la journée et que nous nous endormons le soir. Avoir décerné la plus grande récompense scientifique à des travaux de recherche sur le sommeil est sans doute la plus belle preuve que le sommeil est plus que jamais devenu un élément critique, majeur et central de nos sociétés.

Alors la recherche foisonne de concepts, de principes d’innovations, d’idées pour nous aider à mieux dormir, et ce de manière non invasive. Mais pourquoi dormons-nous toujours aussi mal ?

 

“Je suis très heureux d’annoncer à TedXParis que nous lançons dès demain les inscriptions pour ce programme de recherche inédit.”

Eh bien parce que pour comprendre et agir sur notre sommeil, il faut comprendre et agir sur notre cerveau. Et tout cela est extrêmement complexe, compliqué et coûteux aujourd’hui.

Par exemple : si vous souffrez d’un trouble de sommeil, vous allez vous rendre dans une clinique, un centre spécialisé. On va vous équiper d’un dispositif qu’on appelle la polysomnographie qui coûte environ 20 000 euros. L’installation par l’équipe va durer une heure. L’analyse le matin va durer 2 heures. Et la nuit aura coûté environ 1000 euros.

À l’opposé, voici l’un de nos utilisateurs portant notre technologie. Le bandeau remplace dans 90% des cas l’appareil de mesure clinique, et coûte 500 euros. L’installation se fait en 10 secondes, l’analyse se fait le matin en 1 minute, et la nuit aura coûté 0 euros puisque vous avez dormi dans votre lit.

C’est en regardant ces chiffres que nous est venue une idée. Pourquoi ne pas créer le premier laboratoire déporté de recherche sur le sommeil ? Et bien je suis très heureux d’annoncer à TedXParis que nous lançons dès demain les inscriptions pour ce programme de recherche inédit.

Les utilisateurs volontaires pourront participer au programme : ils recevront en avant-première de nouvelles idées, des nouveaux concepts, des nouvelles fonctionnalités, non invasives évidemment, pour les aider à mieux dormir. En échange, ils nous donneront plus de données, plus d’informations sur leur ressenti, par exemple en journée.

Et nous analyserons en continu les données en provenance des milliers d’enregistrements quotidiens. Nous pensons que 90% des cas de mauvais sommeil pourraient être résolus par des techniques non invasives. Et pour que ça fonctionne, il faut imaginer ces fonctionnalités, il faut les développer, il faut les implémenter, il faut les tester, il faut itérer dessus. Ce que la recherche classique ne permet absolument pas de faire. Derrière ce programme se cache l’ambition de développer et de tester de nouvelles techniques non invasives pour nous aider à regagner un sommeil de bonne qualité, et ce sur une échelle géographique et temporelle sans précédent.

Notre premier programme durera un mois, sur 1000 participants. On va le lancer en janvier, avec comme objectif de générer 20 000 nuits. À titre d’exemple, un essai clinique traditionnel sur le sommeil comme on a pu faire dans le passé coûte environ 50 000 euros, va durer 6 mois sur 25 participants pour générer à la fin 75 nuits.

Ce processus va être 6 fois plus rapide pour générer 300 fois plus de données et nous aura coûté 10 fois moins cher.

L’objectif à long terme de ce programme est bien évidemment de nous aider à développer un ensemble de fonctionnalités non invasives pour nous aider à récupérer un sommeil de bonne qualité et ainsi présenter une alternative aux somnifères. Mais ça ne s’arrête pas là. Derrière toutes ces données que nous allons générer, il y a une valeur inestimable.

Nous allons avoir accès chaque nuit à entre 7 heures et 9 heures d’enregistrement physiologique de très haute qualité. L’activité cérébrale, le rythme cardiaque, la fréquence respiratoire.

Eh bien nous pensons que nous serons capables, dans ces données, de détecter des marqueurs qui nous permettraient de détecter et de prédire des mois voire des années avant l’apparition des symptômes certaines pathologies.

Évidemment, on pense aux maladies neurodégénératives, aux pathologies cardiovasculaires, aux maladies mentales, puisque c’est celles-ci qui ont une corrélation avec notre mauvais sommeil.
Effectivement, s’il y a une corrélation entre les deux, mesurer le sommeil de manière précise pourrait nous aider à remonter à ces pathologies-là.

L’idéologie transhumaniste prône la fusion entre nos corps biologiques et la technologie avancée avec comme but d’augmenter nos performances physiques ou cognitives. C’est vrai qu’il y a quelque chose d’assez sexy, attirant, intéressant.

Mais il faut bien comprendre que c’est cette même mentalité, cette même idéologie qui nous a poussés les dernières décennies à sacrifier notre sommeil. La recherche de performance et de productivité à tout prix n’est pas sans conséquences sur notre santé.

Aujourd’hui nous sommes plus anxieux, nous sommes plus stressés, il y a plus de maladies mentales, il y a plus de maladies neurodégénératives.

Il faut que cela cesse, il faut que nous prenions action. Chercheurs, médecins, ingénieurs, écoles, entreprises, évidemment dormeurs : résoudre l’épidémie globale du mauvais sommeil est une priorité absolue.

Il faut tous que nous ralentissions et cela commence dès ce soir.

 

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