Conversation avec E. Mignot (directeur du Centre de Sommeil de Stanford) - Experts du sommeil - Dreem

Conversation avec E. Mignot (directeur du Centre de Sommeil de Stanford)

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Découvrez maintenant l’interview d’Emmanuel Mignot, directeur du Centre du Sommeil de Stanford

Le Prix Nobel pour l’horloge biologique

Lundi 3 Octobre, les américains Jeffrey Hall, Michael Rosbash et Michael Young ont reçu le Prix Nobel de Médecine ou Physiologie. Ce prix récompense leurs découvertes sur l’horloge biologique. Par des travaux chez la mouche du vinaigre, la drosophile, ces trois pionniers ont en effet identifié les premiers gènes impliqués dans le maintien des rythmes circadiens. Pourquoi « circadien » ? « Circa » signifie « environ » et « diem » le jour ». Les phénomènes biologiques suivent ainsi une période d’environ 24h. Ces rythmes vont optimiser la pression artérielle et la température corporelle en fonction du moment de la journée. Ils règlent également les besoins en nourriture, ou encore en sommeil.

Qu’en pense Emmanuel Mignot ?

Emmanuel Mignot, directeur du Centre de Sommeil de Stanford et membre du conseil scientifique de Dreem, a accepté de commenter cet événement pour nous.

“C’est un tournant incroyable pour le domaine du sommeil. Le comité a en effet reconnu les rythmes circadiens comme méritant du Prix Nobel. Beaucoup le pressentaient. L’horloge circadienne est en effet un phénomène remarquable par son ubiquité. Après la découverte, dans les années 1970, de zones cérébrales dont la destruction abolit les rythmes circadiens, on a d’abord cru qu’ils étaient générés par le cerveau.

Cependant, on s’est rapidement rendus compte que la plupart des cellules de notre organisme ont elles aussi une petite horloge de 24h. L’horloge centrale synchronise cette horloge avec les autres. En fait, ce comportement est tellement essentiel qu’il est conservé de la drosophile jusqu’à l’homme. Les mêmes gènes sont en effet impliqués dans le cerveau et dans chaque cellule. Plus on en apprend sur les rythmes circadiens, plus on se rend compte qu’ils affectent tous les organes, avec des effets assez prononcés. Ils régulent environ la moitié de nos gènes, avec des conséquences biologiques à tous les niveaux.

Comment réguler notre horloge circadienne ?

Pourtant, on a longtemps peiné à trouver des applications cliniques à ces gènes qui régulent le temps biologique. Changer l’heure de l’horloge interne nécessite en effet d’agir de façon différente en différents points du cycle. De plus, l’exposition à la lumière semblait être le facteur le plus efficace pour resynchroniser les rythmes. Mais, récemment, on commence à voir émerger de nouveaux médicaments. Ceux-ci peuvent faire bouger l’aiguille de l’horloge quel que soit le moment de leur administration. Ils sont donc plus susceptibles d’applications cliniques. 

C’est le cas des recherches en chronothérapie, notamment dans le traitement du cancer. On cherche à y déterminer le meilleur moment d’administration pour maximiser l’efficacité d’un traitement ou minimiser ses effets secondaires. De même, on commence seulement à découvrir les conséquences physiologiques et pathologiques du dérèglement de cette horloge circadienne. Il y a de plus en plus d’études qui montrent une augmentation du risque de nombreuses maladies chez les travailleurs postés. En cause ? La désynchronisation entre ces rythmes et le comportement que leur emploi les oblige à avoir.

Horloge interne et insomnie

Enfin, ce Prix accompagne également la compréhension grandissante qu’un certain nombre d’insomniaques ont en fait probablement des troubles de l’horloge interne. En reconnaissant l’importance de ces rythmes circadiens, on devrait voir des recherches qui vont explorer leur rôle et peut-être déterminer des sous-types d’insomnies. Cela devrait également attirer l’attention des institutions de recherche sur la dette de sommeil. C’est le second mécanisme qui explique pourquoi on est éveillé le jour et qu’on dort durant la nuit. On connaît beaucoup moins bien son rôle et les mécanismes de son fonctionnement. Pourtant, elle aussi modifie l’expression de plus de la moitié de nos gènes. Je pense que les prochaines grandes découvertes sur le sommeil se feront là, dans la compréhension des processus moléculaires de cette dette de sommeil.”

Membre du Board de Conseil Scientifique de Dreem, Emmanuel Mignot nous accompagne dans le domaine du sommeil et sur la recherche concernant notre produit Dreem.

 

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